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Richard Hétu
Richard Hétu
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Richard Hétu : De plus en plus. C'est un phénomène important dans cette campagne. Le nombre d'Américains qui vont chercher leurs informations politiques sur la Toile a augmenté. Pour les journalistes de la presse écrite, on est dans une situation inquiétante : la circulation des journaux baisse alors que se déroule une élection présidentielle qui suscite un intérêt énorme de la population. Ce lectorat perdu, on le retrouve aujourd'hui en ligne : les sites des journaux ont une audience en plein croissance. Malheureusement, le modèle économique des sites Internet des journaux ne permet pas de compenser la perte des lecteurs pour les éditions papier. Tout le monde s'en rend compte, aux Etats-Unis comme en Europe.
Richard Hétu : Il faut d'abord préciser qu'au niveau de son audience, le Drudge Report n'a rien perdu. Il est toujours en croissance ; cela dit, il est vrai que son influence sur la campagne 2008 est relativement faible comparé à ce qu'on a vécu en 2004. Pourquoi ? Je pense que son influence dépend de la qualité des informations que lui donnent certaines sources républicaines. Et aussi de la qualité de la campagne officielle du candidat républicain. En 2004, Bush, son équipe, ses alliés, avaient réussi à mettre Kerry sur la défensive. Notamment sur la question de son service militaire. On avait la campagne des Swift Boats Veterans for Truth qui avait donné beaucoup de matière à Matt Drudge. Cette année, Drudge a lancé plusieurs histoires susceptibles de nuire à Obama, mais de toute évidence, elles n'étaient pas assez fortes pour être recyclées par la presse traditionnelle, la télévision... C'est tombé un peu à plat : cette année, Drudge, malgré tous ses efforts, patauge. stalin_underground: Quels sites utilisez-vous pour suivre la campagne ? Lesquels sont les meilleurs ? Richard Hétu : On peut dire que s'il y avait dix sites qui avaient donné le ton à cette campagne, qui n'existaient pas en 2004 et qui ont été créés depuis, on doit mentionner The Page, sur le site du magazine Time. Mark Halterin, son éditeur, est très bien connecté aux deux campagnes, et on y trouve beaucoup d'informations, presque en temps réel, sur tout ce qui se passe. Il y a aussi Politico, qui n'existait pas non plus en 2004, et qui fait du bon boulot. Je pourrais mentionner également Talking Points Memo, Real Clear Politics, et peut-être la révélation de cette élection : FiveThirtyEight, qui a été créé par un statisticien qui habituellement s'intéresse au base-ball, et qui a décidé d'utiliser sa connaissance des statistiques pour analyser les multiples sondages dont on nous abreuve pendant la campagne. C'est un peu la révélation de cette campagne. Ce sont quelques sites parmi d'autres : je lis beaucoup de blogs et de sites de médias. Et l'intérêt du blog, c'est que je reçois aussi beaucoup de suggestions de lecteurs, qui m'alimentent. MarkII: Que va-t-il arriver, selon vous, au réseau mis en place par Obama après l'élection ? Va-t-il rester en place, ou disparaître le 5 au matin ? Richard Hétu : C'est sûr qu'il ne conservera pas la même intensité sur son site, mais il a tout intérêt à garder un contact avec cette "armée" – c'est le mot qu'il utilise pour les petits donateurs. Même s'il n'est pas élu le 4 novembre, on peut penser que sa carrière est loin d'être terminée, et qu'il voudra continuer à pouvoir mobiliser ces gens qu'il a réussi à enrôler tout au long de la campagne. Mais il est certain que s'il est élu, il devra faire face à un défi inédit : comment, au pouvoir, continuer justement à garder contact avec tous ces gens qu'il a réussi à mobiliser ? Ça ne s'est jamais fait. Il est sûr que le site de la Maison Blanche a permis à George Bush d'avoir un contact avec ses électeurs, mais il n'est pas arrivé au pouvoir avec autant de personnes liées à sa campagne par le biais d'Internet. A la Maison Blanche, Barack Obama pourrait avoir l'occasion d'innover aussi à ce niveau.bbb : Qu'est-ce qui a changé depuis 2004. Internet avait déjà fait une entrée remarquée dans la politique américaine.
kidamnesiac: Connaît-on bien la véritable influence d'Internet sur ces élections ? Est-ce que cet univers constamment appelé "virtuel" imprime durablement un message au point
de jouer sur la décision de vote une fois dans l'isoloir ? IGLOO: Comment travaillez-vous sur votre blog ? Combien de posts par jour, temps passé dessus ? Richard Hétu : Pour qu'un blog obtienne du succès, pour qu'il attire des lecteurs, il faut produire des billets de façon régulière, donc c'est ce que j'essaye de faire pendant la journée, à raison de cinq à sept billets par jour. Parfois, lorsque l'actualité le justifie, ça peut aller jusqu'à dix. C'est important, pour moi, d'être régulier pour créer certaines habitudes chez les lecteurs. Il faut également choisir des sujets qui vont amener les gens à réagir, mais il faut aussi informer. Mais je pense qu'on peut faire les deux. Ce qui est également intéressant avec Internet, c'est que cela permet de suivre la campagne au fur et à mesure qu'elle se produit : on peut presque suivre cette campagne en temps réel. MarkII : Y a-t-il eu durant cette campagne une approche républicaine de la campagne en ligne, et une approche démocrate vraiment différente ? Richard Hétu : Chez les démocrates, il faut souligner que Barack Obama a reconnu rapidement les bénéfices qu'il pouvait tirer d'Internet. Notamment au point de vue financier : il a récolté des sommes énormes en ligne. Ses adversaires ont mis plus de temps à reconnaître l'apport d'Internet, mais tout de même, les républicains, et John McCain en particulier, ont tenté d'investir davantage en ligne. Mais il a accusé un sérieux retard sur Obama. C'est peut-être dû au fait, en partie, que les supporteurs d'Obama sont plus jeunes, donc en moyenne plus susceptibles d'utiliser ce moyen de communication. Joelle: Pensez-vous que l'effet de la campagne démocrate est le même sur les électeurs du Midwest ou de la Bible Belt, que dans le reste du pays ? Richard Hétu : Je n'ai pas les données exactes, mais l'utilisation d'Internet n'est pas limitée aux grandes villes. Je peux le voir sur mon blog : des gens qui vivent dans des coins perdus interviennent et suivent la campagne sur le Web. Je ne crois pas qu'on puisse limiter à certaines régions l'impact d'Internet. Il y a peut-être des régions où les sites de droite sont plus fréquentés que les autres, mais je pense qu'Internet devient un facteur généralisé en campagne électorale. bbb : Les campagnes américaines sont déjà particulièrement violentes et vicieuses. La puissance d'Internet ne va-t-elle pas en rajouter : désinformation, attaques ad hominem... Richard Hétu : On l'a bien vu : toute la campagne souterraine qui voulait faire de Barack Obama un musulman a vraiment levé grâce à Internet. C'est un moyen phénoménal pour répandre des informations diffamatoires, parce qu'il y a l'anonymat assuré et donc ça ne peut qu'exacerber ou amplifier les campagnes négatives qui caractérisent la politique américaine. On l'a vraiment vu dans cette campagne sur la religion d'Obama, et cet impact on le voit notamment au Texas : un sondage publié cette semaine indique que 23 % des électeurs texans sont persuadés qu'Obama est musulman. C'est un exemple parmi d'autres. On trouve également des rumeurs sur McCain qui prennent vie grâce à Internet. Les rumeurs semblent cependant avoir plus de prise lorsqu'elles sont orchestrées par les républicains contre Barack Obama. C'est peut-être parce que Obama représente une cible de choix, à cause de ses origines "exotiques". Naaba: Le Web 2.0 américain est-il aussi pollué que le français par les squads de propagande ? Richard Hétu : Je ne peux pas parler pour la blogosphère en général, mais c'est un phénomène que je constate sur mon blog. Moins ces jours-ci, mais il y a eu une période pendant la campagne où on voyait un effort systématique, souvent de gens de droite, pour présenter un point de vue particulier. Et ce qui est dommage, à mon avis, ce n'est pas qu'ils expriment un point de vue de droite, mais qu'ils soient fermés à la discussion ou au débat. Je dois dire qu'au cours des dernières semaines, au moment où John McCain a pris du retard sur Barack Obama dans les sondages, on a senti chez les intervenants de droite un certain découragement. On les sent moins présents aujourd'hui. Naaba: Les Américains utilisent-ils plus Internet pour s'informer ? Richard Hétu : De plus en plus. C'est un phénomène important dans cette campagne. Le nombre d'Américains qui vont chercher leurs informations politiques sur la Toile a augmenté. Pour les journalistes de la presse écrite, on est dans une situation inquiétante : la circulation des journaux baisse alors que se déroule une élection présidentielle qui suscite un intérêt énorme de la population. Ce lectorat perdu, on le retrouve aujourd'hui en ligne : les sites des journaux ont une audience en plein croissance. Malheureusement, le modèle économique des sites Internet des journaux ne permet pas de compenser la perte des lecteurs pour les éditions papier. Tout le monde s'en rend compte, aux Etats-Unis comme en Europe. cienfuegos : Le cas du Drudge Report, qui avait dominé l'élection 2004, est représentatif de la multiplicité des sources. Aujourd'hui il n'a plus autant d'influence. A qui est-ce dû ? Richard Hétu : Il faut d'abord préciser qu'au niveau de son audience, le Drudge Report n'a rien perdu. Il est toujours en croissance ; cela dit, il est vrai que son influence sur la campagne 2008 est relativement faible comparé à ce qu'on a vécu en 2004. Pourquoi ? Je pense que son influence dépend de la qualité des informations que lui donnent certaines sources républicaines. Et aussi de la qualité de la campagne officielle du candidat républicain. En 2004, Bush, son équipe, ses alliés, avaient réussi à mettre Kerry sur la défensive. Notamment sur la question de son service militaire. On avait la campagne des Swift Boats Veterans for Truth qui avait donné beaucoup de matière à Matt Drudge. Cette année, Drudge a lancé plusieurs histoires susceptibles de nuire à Obama, mais de toute évidence, elles n'étaient pas assez fortes pour être recyclées par la presse traditionnelle, la télévision... C'est tombé un peu à plat : cette année, Drudge, malgré tous ses efforts, patauge. stalin_underground: Quels sites utilisez-vous pour suivre la campagne ? Lesquels sont les meilleurs ? Richard Hétu : On peut dire que s'il y avait dix sites qui avaient donné le ton à cette campagne, qui n'existaient pas en 2004 et qui ont été créés depuis, on doit mentionner The Page, sur le site du magazine Time. Mark Halterin, son éditeur, est très bien connecté aux deux campagnes, et on y trouve beaucoup d'informations, presque en temps réel, sur tout ce qui se passe. Il y a aussi Politico, qui n'existait pas non plus en 2004, et qui fait du bon boulot. Je pourrais mentionner également Talking Points Memo, Real Clear Politics, et peut-être la révélation de cette élection : FiveThirtyEight, qui a été créé par un statisticien qui habituellement s'intéresse au base-ball, et qui a décidé d'utiliser sa connaissance des statistiques pour analyser les multiples sondages dont on nous abreuve pendant la campagne. C'est un peu la révélation de cette campagne. Ce sont quelques sites parmi d'autres : je lis beaucoup de blogs et de sites de médias. Et l'intérêt du blog, c'est que je reçois aussi beaucoup de suggestions de lecteurs, qui m'alimentent. MarkII: Que va-t-il arriver, selon vous, au réseau mis en place par Obama après l'élection ? Va-t-il rester en place, ou disparaître le 5 au matin ? Richard Hétu : C'est sûr qu'il ne conservera pas la même intensité sur son site, mais il a tout intérêt à garder un contact avec cette "armée" – c'est le mot qu'il utilise pour les petits donateurs. Même s'il n'est pas élu le 4 novembre, on peut penser que sa carrière est loin d'être terminée, et qu'il voudra continuer à pouvoir mobiliser ces gens qu'il a réussi à enrôler tout au long de la campagne. Mais il est certain que s'il est élu, il devra faire face à un défi inédit : comment, au pouvoir, continuer justement à garder contact avec tous ces gens qu'il a réussi à mobiliser ? Ça ne s'est jamais fait. Il est sûr que le site de la Maison Blanche a permis à George Bush d'avoir un contact avec ses électeurs, mais il n'est pas arrivé au pouvoir avec autant de personnes liées à sa campagne par le biais d'Internet. A la Maison Blanche, Barack Obama pourrait avoir l'occasion d'innover aussi à ce niveau. |






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