La résistance s'organise. Isabelle Wekstein, avocate d'affaires, regroupe un ensemble de clients institutionnels et particuliers qui ont perdu 50 millions d'euros dans l'affaire. Deminor, qui défend les minoritaires, gère les cas d'une trentaine d'investisseurs qui ont perdu 80 millions d'euros. En partenariat avec des avocats suisses et luxembourgeois, le cabinet Lecoq Vallon & Associés défend des personnes qui disposaient "d'une épargne conséquente", supérieure à la centaine de milliers d'euros, et qui ont perdu en proportion, jusqu'à 3 millions d'euros pour les plus malchanceux. Ces clients avaient investi dans de l'assurance-vie ou confié leur argent à des sociétés de gestion. "Nous préparons des assignations en justice, sans cette pression-là, les établissements financiers n'indemniseront pas !", déclare Hélène Féron-Poloni, associée du cabinet.
Les stratégies juridiques varient mais se focalisent toutes autour de la transparence du marché des capitaux européens et des obligations des établissements financiers. "LuxAlpha et Thema jouissaient d'un passeport européen "Ucits III", indique Fabrice Rémon, patron de Déminor, il s'agit d'une norme qui garantit la sécurité des investissements partout dans l'Union européenne (UE)." En réalité, le passeport européen soulève des questions d'interprétation qui n'ont pas encore été réglées.
Colette Neuville, présidente de l'Association de défense des actionnaires minoritaires (Adam), paraît révoltée par le silence des institutions. " L'UE a institué la liberté de circulation des capitaux, des directives fixant les responsabilités des gestionnaires d'OPCVM ont été émises et ces directives ont ensuite été transposées dans le droit des Etats membres. En principe, il n'y a pas d'échappatoire : un investisseur de l'UE doit recevoir la même protection dans tous les Etats membres. Je suis stupéfaite que la Commission ne dise rien."
A Bruxelles, le porte-parole de la direction chargée du marché intérieur se borne à affirmer que l'affaire Madoff relève "d'une situation criminelle" mais que seuls les "superviseurs irlandais et luxembourgeois sont concernés". "La Commission n'est pas un superviseur, ajoute-t-il, elle analyse et réfléchit à une évolution de la réglementation."
CEDRIC MOREL
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